Perte d’appétit pendant la chimiothérapie : que manger quand rien ne donne envie ?
Une alimentation réconfortante malgré le manque d’appétit.
Lorsque l’appétit diminue pendant une chimiothérapie, des préparations simples, colorées et riches en nutriments peuvent être plus facile à accepter qu’un repas copieux.
L’un des effets secondaires les plus fréquents de la chimiothérapie est la perte d’appétit. Beaucoup de personnes disent :
« Je sais qu’il faudrait que je mange, mais rien ne me fait envie. »
Cette situation est souvent source d’inquiétude, autant pour la personne malade que pour ses proches. Les repas, habituellement associés au plaisir et au partage, peuvent devenir une contrainte quotidienne.
Il est important de savoir que cette perte d’appétit est fréquente et souvent temporaire. Elle ne signifie pas que vous manquez de volonté. Les traitements peuvent modifier le goût, provoquer des nausées, entraîner une fatigue importante ou perturber les sensations de faim et de satiété.
L’objectif pendant la chimiothérapie n’est pas de manger parfaitement. Il est de continuer à apporter suffisamment d’énergie et de protéines pour soutenir votre organisme, limiter la perte de poids et préserver votre masse musculaire.
Dans cet article, je vous propose des stratégies concrètes et scientifiquement fondées pour mieux gérer le manque d’appétit pendant les traitements.
À retenir
La perte d’appétit est fréquente pendant la chimiothérapie.
Le risque principal est la dénutrition et la perte de masse musculaire.
Mieux vaut manger un peu plusieurs fois par jour que de forcer de gros repas.
Les aliments froids ou tièdes sont souvent mieux tolérés.
Les protéines sont particulièrement importantes pendant les traitements.
Une consultation nutritionnelle peut aider à adapter les repas à votre situation.
Pourquoi la chimiothérapie coupe-t-elle l’appétit ?
La diminution de l’appétit peut avoir plusieurs causes qui s’additionnent.
Les modifications du goût
Certaines chimiothérapies provoquent :
un goût métallique ;
une sensation de goût amer ;
une diminution de la perception des saveurs ;
un dégoût soudain pour certains aliments, notamment la viande rouge ou le café.
Lorsque les aliments n’ont plus le goût attendu, l’envie de manger diminue naturellement.
Les nausées et les troubles digestifs
Même lorsque les nausées sont modérées, elles peuvent suffire à :
couper l’envie de manger ;
provoquer une sensation d’écœurement ;
rendre les odeurs de cuisine difficiles à supporter.
Les lésions de la bouches : mucites, aphtes et candidoses
Certaines chimiothérapies peuvent provoquer des atteintes de la muqueuse buccale, appelées mucites. Elles peuvent se manifester par :
des rougeurs ;
des brûlures ;
des douleurs dans la bouche ;
des aphtes ;
une difficulté à mâcher ou à avaler ;
une sensibilité importante aux aliments acides, épicés ou très chauds.
Il peut également apparaître une candidose buccale (infection à levures), reconnaissable à des dépôts blanchâtres, une sensation de brûlure ou un goût désagréable dans la bouche.
Ces troubles peuvent fortement diminuer l’appétit, car manger devient douloureux.
Conseils nutritionnels en cas de mucite
Privilégiez :
les aliments froids ou tièdes ;
les textures lisses et moelleuses : purées, compotes, yaourts, fromage blanc, smoothies, veloutés ;
les protéines faciles à avaler : œufs brouillés, poisson tendre, tofu soyeux, yaourt grec.
Évitez si cela vous fait mal :
les agrumes et jus acides ;
les tomates très acides ;
les aliments épicés ;
les aliments secs ou croustillants (chips, biscottes, pain très grillé) ;
l’alcool et les bains de bouche contenant de l’alcool.
Une bonne hygiène bucco-dentaire est essentielle :
brosse à dents à poils extra souples ;
utilisation d’un dentifrice doux et non irritant prescrit ou recommandé par l’équipe soignante ;
rinçages réguliers avec une solution de bicarbonate prescrite ou recommandée par l’équipe soignante ;
consultation rapide si les douleurs deviennent importantes ou si vous suspectez une candidose.
Important : en cas de douleurs importantes, de difficulté à avaler ou de lésions étendues, contactez votre équipe médicale afin qu’un traitement adapté puisse être mis en place.
La fatigue
La fatigue liée aux traitements peut être telle que :
préparer un repas devient épuisant ;
mâcher demande un effort ;
l’idée même de manger semble décourageante.
Les émotions
L’anxiété, le stress, la tristesse ou la peur liés à la maladie peuvent également diminuer l’appétit. Il est fréquent que les difficultés alimentaires aient une composante à la fois physique et émotionnelle.
Les signes à surveiller
Une baisse d’appétit de quelques jours n’est pas forcément préoccupante. En revanche, il est important d’en parler rapidement à votre équipe soignante si vous observez :
une perte de poids involontaire ;
des vêtements qui deviennent plus larges ;
une fatigue qui s’aggrave rapidement ;
une diminution importante des quantités consommées ;
une incapacité à manger pendant plus de 24 à 48 heures ;
des difficultés à boire suffisamment.
Une prise en charge précoce permet souvent d’éviter une dénutrition plus difficile à corriger par la suite.
Première règle : ne pas attendre d’avoir faim
C’est probablement le conseil le plus important.
Pendant la chimiothérapie, la sensation de faim peut ne plus être un bon indicateur. Si vous attendez d’avoir vraiment faim pour manger, les apports risquent d’être insuffisants.
Mieux vaut fractionner
Essayez de prévoir :
3 petits repas ;
2 à 3 collations dans la journée.
Par exemple :
matin : yaourt + compote ;
milieu de matinée : poignée d’amandes ;
déjeuner : petite assiette de féculents + œuf ;
goûter : smoothie ou fromage blanc ;
dîner : soupe enrichie + tartine.
De petites quantités régulières sont souvent beaucoup plus faciles à tolérer qu’un grand repas.
Que manger quand rien ne donne envie ?
Les aliments souvent mieux tolérés
Beaucoup de patients tolèrent mieux :
les aliments froids ou tièdes ;
les textures moelleuses ;
les saveurs douces et peu odorantes.
Des smoothies nutritifs, quand l’appétit est faible.
Les smoothies peuvent être une solution intéressante lorsque les aliments solides sont difficiles à consommer : ils permettent d’apporter de l’énergie, des protéines et des nutriments dans un petit volume.
Idées simples
yaourt grec ou fromage blanc ;
compote sans sucre ajouté ;
banane mûre ;
smoothie maison ;
œufs brouillés ;
purée de pommes de terre ;
riz ou pâtes bien cuits ;
soupe de légumes enrichie avec un peu de crème ou de fromage frais ;
tartines avec avocat, houmous ou fromage frais.
Par exemple, un smoothie à base de myrtilles, de banane et de yaourt grec, ou une version plus exotique avec du physalis et un produit laitier ou végétal enrichi en protéines, peut constituer une collation intéressante lorsque les quantités consommées sont très faibles.
Les aliments riches en protéines à privilégier
Les protéines sont essentielles pour :
préserver les muscles ;
favoriser la récupération ;
soutenir le système immunitaire ;
limiter la fatigue liée à la perte musculaire.
Sources intéressantes
œufs ;
poisson ;
volaille ;
tofu ;
fromage blanc ;
yaourt grec ;
lentilles ;
pois chiches ;
houmous.
Astuce : ajoutez des protéines même dans les petites portions (whey, œuf dans une soupe, poudre d’amande dans une compote, fromage frais dans une purée…).
Comment gérer le goût métallique ?
Rafraîchir le goût en bouche pendant les traitements
Les boissons fraîches et peu parfumées sont souvent mieux tolérées lorsque la chimiothérapie modifie le goût en bouche.
Le goût métallique est particulièrement fréquent avec certaines chimiothérapies.
Quelques stratégies utiles
Avant les repas
rincez-vous la bouche avec de l’eau additionnée d’un peu de bicarbonate ou de citron si vous le tolérez ;
utilisez une brosse à dents souple.
Pendant les repas
privilégiez les couverts en plastique ou en bambou si le métal accentue le mauvais goût ;
ajoutez des herbes fraîches (basilic, menthe, persil) ;
utilisez des marinades au citron ou aux herbes pour le poisson ou la volaille ;
testez des aliments légèrement acidulés si votre bouche n’est pas irritée.
À éviter si cela vous écœure
viande rouge ;
café ;
aliments très grillés ;
conserves métalliques directement consommées.
Les odeurs de cuisine vous dégoûtent ?
C’est extrêmement fréquent.
Solutions pratiques et de bon sens
demander à un proche de cuisiner ;
préparer les repas lorsque vous vous sentez le mieux ;
utiliser le micro-ondes plutôt que la cuisson à la poêle ;
aérer la cuisine ;
privilégier les repas froids : salades de pâtes, taboulé, œufs durs, tartines, fromage blanc, smoothies.
Les aliments froids dégagent généralement moins d’odeurs et sont donc souvent mieux acceptés.
7 stratégies concrètes pour manger malgré le manque d’appétit
1) Commencez par quelques bouchées
Ne vous fixez pas l’objectif de terminer une assiette entière. Quelques bouchées sont déjà un premier pas.
2) Mangez aux moments où vous vous sentez le mieux
Certaines personnes ont davantage d’appétit :
le matin ;
juste après une sieste ;
quelques jours après la perfusion.
Profitez de ces fenêtres plus favorables.
3) Enrichissez les petites quantités
Ajoutez facilement des calories et des protéines :
huile d’olive ;
purée d’oléagineux, d’amande ou de cacahuète ;
fromage râpé ;
lait en poudre dans une soupe ou une purée ;
graines moulues.
4) Gardez des collations prêtes à l’emploi
Préparez à l’avance :
petits sachets de noix ;
compotes ;
yaourts ;
œufs durs ;
mini-sandwichs ;
smoothies congelés en portions.
5) Buvez entre les repas
Boire beaucoup pendant le repas peut remplir l’estomac trop rapidement. Essayez de boire plutôt entre les repas.
6) Acceptez les aliments “plaisir”
Pendant les traitements, ce n’est pas le moment de rechercher une alimentation parfaite. Si un aliment vous fait envie et qu’il est bien toléré, il peut avoir toute sa place dans votre alimentation.
7) Demandez de l’aide
La préparation des repas peut devenir très difficile pendant une chimiothérapie. Accepter l’aide de vos proches ou utiliser des solutions simples (plats préparés de bonne qualité, livraison de repas équilibrés, batch cooking familial) est souvent une excellente stratégie.
Nourrir le lien avec les autres
Si les repas sont difficiles, essayez lorsque cela est possible de :
manger avec un proche dans une ambiance calme ;
accepter l’aide pour les courses ou la préparation des repas ;
rejoindre un groupe de parole ou une association de patients ;
partager vos difficultés plutôt que de les porter seul(e).
Le soutien émotionnel fait pleinement partie d’une approche holistique de l’accompagnement pendant la chimiothérapie : nourrir le corps est essentiel, mais nourrir le lien, la confiance et le sentiment de ne pas être seul l’est tout autant.
Le soutien des proches pendant les traitements
Le soutien des proches, des amis ou d’autres personnes traversant une expérience similaire peut aider à se sentir moins seul et à mieux faire face aux difficultés liées aux traitements.
Exemple de journée quand l’appétit est faible
Petit-déjeuner
Fromage blanc ou yaourt grec
Compote de pommes
Quelques amandes concassées
Collation
Smoothie banane + lait ou boisson végétale enrichie + purée d’amande
Déjeuner
Petite portion de riz
Omelette aux fines herbes
Courgettes bien cuites
Goûter
Tartine de pain complet avec houmous ou avocat
Dîner
Velouté de légumes enrichi avec du fromage frais
Œuf poché ou tofu soyeux
Compote ou fruit bien mûr
L’objectif est de multiplier les occasions de manger, même en petites quantités.
Quand consulter rapidement ?
Contactez votre médecin ou votre nutritionniste si :
vous perdez plus de 2 à 3 kg en quelques semaines ;
vous mangez très peu depuis plusieurs jours ;
vous avez des vomissements répétés ;
vous n’arrivez plus à boire correctement ;
vous vous sentez de plus en plus faible ;
vos analyses montrent une dénutrition ou une fonte musculaire importante.
Une prise en charge nutritionnelle précoce peut améliorer la tolérance des traitements et la qualité de vie.
Vous n’êtes pas obligé(e) de manger parfaitement
S’accorder du réconfort pendant les traitements.
Pendant une chimiothérapie, prendre soin de soi ne se résume pas à l’alimentation. Le repos, les petits rituels réconfortants et la douceur du quotidien ont aussi toute leur importance.
C’est un message essentiel. “On fait au mieux “
Pendant une chimiothérapie, manger devient parfois un véritable défi. Il est normal que votre alimentation soit moins variée ou moins « idéale » qu’avant la maladie.
L’objectif prioritaire est de :
maintenir vos apports énergétiques ;
préserver votre masse musculaire ;
éviter la dénutrition ;
soutenir votre organisme pendant les traitements.
Même de petites quantités peuvent faire une différence lorsqu’elles sont consommées régulièrement.
Vous avez besoin d’un accompagnement personnalisé ?
Chrystelle Lancelot-Volpe, Nutritionniste ASCA
Je vous accompagne avec une approche nutritionnelle personnalisée, fondée sur les données scientifiques actuelles et adaptée à votre parcours de soins, pendant et après les traitements contre le cancer.
À propos de l’auteure
Chrystelle Lancelot-Volpe est nutritionniste agréée ASCA et fondatrice de Nutrition Holistique du Léman. Technicienne de laboratoire pendant 23 ans dans un laboratoire d’anatomopathologie à Genève, elle accompagne aujourd’hui les personnes touchées par le cancer grâce à une approche nutritionnelle personnalisée, bienveillante et fondée sur les connaissances scientifiques actuelles.
En savoir plus sur mon parcours
Chaque chimiothérapie est différente, et les difficultés alimentaires varient énormément d’une personne à l’autre.
En tant que nutritionniste agréée ASCA, je vous accompagne pour :
adapter votre alimentation à vos effets secondaires ;
trouver des repas réellement tolérés ;
limiter la perte de poids et de muscle ;
préserver votre énergie pendant les traitements ;
retrouver progressivement une alimentation plus confortable.